Le PGIP-GM officiellement lancé dans la commune du Mbam-et-Inoubou

Photo de famille des participants à l’atelier de lancement du PGIP-GM, Bokito, juin 2026.

La salle de conférences de la Maison du Parti de Bokito a vibré pendant deux jours au rythme d’un événement à forte portée symbolique pour cette localité du département du Mbam-et-Inoubou : le lancement communal du Projet de Gestion Intégrée du Paysage du Grand Mbam (PGIP-GM), assorti d’une vaste opération de collecte des données de référence appelées à guider le suivi du projet dans les années à venir.

Autorités administratives, exécutif municipal, chefs traditionnels, représentants des services techniques déconcentrés, organisations de producteurs et société civile se sont retrouvés autour d’une même ambition : faire de Bokito un modèle d’articulation entre intensification agricole durable et préservation des écosystèmes forestiers.

Un corridor écologique sous pression

Le Grand Mbam n’est pas un territoire comme les autres. Situé à la charnière entre le bassin forestier du Congo et les savanes de l’Adamaoua, ce paysage constitue un corridor écologique de première importance, aujourd’hui fragilisé par une expansion agricole et agroforestière peu encadrée. C’est pour répondre à cet enjeu que le Cameroun a noué, dans le cadre de sa Stratégie Nationale de Développement 2020-2030, un partenariat avec l’Initiative pour les Forêts d’Afrique Centrale (CAFI). Le PGIP-GM, financé à hauteur de 20 millions de dollars US par la banque de développement KfW à travers le fonds fiduciaire de CAFI, en est l’un des projets pilotes, pour une durée de 48 mois courant de septembre 2025 à août 2029.

Bokito figure parmi les quatre communes retenues pour cette phase de démarrage, aux côtés de Yoko, Ngambe-Tikar et Mbangassina — un choix que le maire, M. AMATAGANA Zachée, a salué comme une marque de confiance envers une commune où l’intensification agricole durable et la préservation environnementale figurent déjà au rang des priorités.

Une cérémonie d'ouverture sous le signe de la mobilisation

La séquence protocolaire, présidée par le Sous-Préfet de l’Arrondissement, M. NGODEBO SEME Anicet Valéry, a permis à chacun des orateurs de planter le décor. Le Coordonnateur National du PGIP-GM, Dr SAIDOU Hamadou, a rappelé que la phase pilote de Bokito revêt un caractère expérimental : il s’agit de démontrer, à l’échelle locale, qu’il est possible de concilier durablement recul de la déforestation et amélioration des conditions de vie des populations. Le Sous-Préfet, de son côté, a dressé un diagnostic sans détour des défis du territoire — faible productivité agricole, dégradation continue du couvert forestier, déficit d’infrastructures — avant d’appeler l’assistance à s’investir avec rigueur dans les travaux techniques à venir.

Six produits, une approche paysagère intégrée

Présentée par le Conseiller Technique Principal, Dr Julien DUPUY, l’architecture du projet s’articule autour de six produits complémentaires : l’accompagnement des communes dans l’élaboration de leurs Plans Locaux d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire (PLADDT) ; la mise en place de mécanismes incitatifs de Paiements pour Services Environnementaux (PSE) ; l’intensification d’une agriculture durable ciblant au moins 2 000 producteurs sur plus de 10 000 hectares ; le désenclavement des bassins de production, avec la réfection annoncée de 80 km de pistes et la construction de six unités de transformation ; la gestion collaborative de 50 000 hectares de forêts à haute valeur de conservation ; et la capitalisation des expériences au profit du futur programme national de PSE.

Particularité relevée par les experts : contrairement à d’autres zones d’intervention, la déforestation à Bokito obéit à une dynamique diffuse, disséminée sur l’ensemble du territoire plutôt que concentrée sur quelques fronts identifiables — ce qui appelle des outils de suivi spatial fins et des réponses résolument communautaires.

Le cluster n°2 de Bokito, au cœur du dispositif

Le déploiement opérationnel du projet s’appuie sur des « clusters » — des unités territoriales cohérentes associant villages, forêts communales et forêts à haute valeur de conservation. Le Cluster n°2 de Bokito, présenté lors de l’atelier, couvre 23 135 hectares répartis entre le Bloc B de la forêt communale, la forêt communautaire du GIC MAMANG et deux blocs de Forêts de Grande Valeur à haut stock de Carbone (FGV-C), au bénéfice de six villages riverains : Bounyoungoulouk, Ediolomo, Yangben, Batanga, Omendé et Mbola.

Figure 1 — Délimitation du Cluster n°2 de Bokito, arrondissement de Bokito (Mbam-et-Inoubou).

Une décennie de recul forestier, chiffres à l'appui

La cartographie présentée aux participants a livré un état des lieux sans équivoque de l’évolution du paysage entre 2015 et 2025 : la forêt secondaire est passée de près de 56 878 hectares à environ 38 505 hectares, soit une perte de plus de 18 300 hectares en dix ans, quand la mosaïque agroforestière et les zones de culture progressaient respectivement de plus de 10 800 et 6 850 hectares. Les surfaces d’habitation ont, elles, presque triplé.

Situation en 2015
Situation en 2025

Figure 2 — Occupation des sols à Bokito en 2015 (gauche) et en 2025 (droite) : recul net de la forêt secondaire au profit des mosaïques agroforestières et des zones de culture.

Face à ce constat, le projet mise sur la sanctuarisation de blocs de Forêts de Grande Valeur à haut stock de Carbone (FGV-C), pour une superficie cumulée avoisinant 42 000 hectares entre la forêt communale et les forêts communautaires GIC MAMANG et GIC AFOR.

Figure 3 — Blocs de Forêts de Grande Valeur à haut stock de Carbone (FGV-C) proposés à Bokito.

Les ateliers thématiques : la parole aux acteurs locaux

La partie la plus dense des travaux s’est jouée en commissions. Le premier groupe, consacré aux clusters et à la gouvernance forestière, a abouti à une conclusion importante : le découpage initial, construit autour d’un seul cluster, ne reflète pas la réalité du terrain. Les participants ont plaidé pour un redécoupage en plusieurs ensembles, tenant compte non seulement de la proximité avec la forêt, mais aussi des liens familiaux, sociaux et économiques entre villages — parfois plus déterminants que la seule géographie. Le diagnostic institutionnel de la commune a par ailleurs révélé une fragilité notable : hormis un Plan Communal de Développement devenu caduc, Bokito ne dispose d’aucun outil de planification à jour, et son personnel technique reste insuffisant.

Le deuxième groupe, tourné vers les chaînes de valeur et les infrastructures, a dressé l’inventaire de quatre axes routiers prioritaires — tous en état dégradé à impraticable — desservant des bassins de production de cacao, maïs, manioc et palmier à huile. L’inventaire a également mis en lumière un déficit criant d’infrastructures de stockage et de transformation : quatre magasins de cacao seulement, aucun séchoir collectif, une unique unité artisanale de transformation du palmier à huile. Sur le volet pastoral, l’absence de couloirs de transhumance et de points d’eau permanents a été identifiée comme source récurrente de conflits entre agriculteurs et éleveurs.

Le troisième groupe, enfin, a posé les bases méthodologiques de l’enquête socio-économique auprès de 39 villages et près de 7 670 ménages. Les données préliminaires confirment la prépondérance de l’agriculture (90 % des activités des ménages) et donnent un premier aperçu de la rentabilité contrastée des principales cultures : quand le cacao et la patate douce dégagent des revenus nets substantiels, la culture du maïs apparaît structurellement déficitaire pour les ménages enquêtés.

Des échanges qui vont à l'essentiel

Les débats en plénière ont permis aux participants de confronter les orientations du projet aux réalités du terrain. Plusieurs axes forts s’en sont dégagés : l’urgence d’agir vite, avant que la déforestation diffuse ne devance les investissements du projet ; la nécessité d’associer pleinement les femmes et les jeunes, non comme bénéficiaires passifs mais comme acteurs moteurs des chaînes de valeur ; l’importance de l’accès à l’énergie pour soutenir les futures unités de transformation agroalimentaire ; et l’impératif d’une gestion concertée des espaces agro-pastoraux pour apaiser les tensions entre agriculteurs et éleveurs.

Des recommandations pour passer à l'action

Au terme des travaux, cinq axes de recommandations ont été formulés : réviser le découpage des clusters pour tenir compte des dynamiques sociales réelles ; approfondir la caractérisation des forêts de grande valeur ; conduire un diagnostic institutionnel approfondi de la commune ; prioriser les investissements dans les infrastructures routières, pastorales et de transformation, en favorisant les approches à haute intensité de main-d’œuvre ; et accompagner durablement les organisations de producteurs, notamment à travers la diversification des cultures cacaoyères en zone de savane.

Une commune appelée à devenir un modèle

En clôturant les assises, le Sous-Préfet de Bokito a exprimé le vœu que le déploiement du PGIP-GM se traduise par des transformations tangibles pour les populations locales. Entre valorisation des filières agricoles, transition énergétique, gestion concertée de l’espace et lutte contre la déforestation diffuse, la commune de Bokito entend désormais s’affirmer comme un modèle de référence pour l’économie territoriale verte au Cameroun.

Source : Rapport de l’atelier de lancement du PGIP-GM à Bokito, Unité de Gestion du Projet, Juin 2026.

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